Le moulin de Rieusset



(le moulin, vue sud-ouest)


Ce moulin à eau à trois niveaux, de dimensions modestes, atteste d'une pratique agricole céréalière et castanéïcole encore active dans les années d'après-guerre. Il est actuellement fermé afin de protéger le bâtiment et surtout la machinerie, complète mais hors d'état de marche.

Son fonctionnement, discontinu, lié à la quantité de fruits et de grain à traiter, reposait sur un lâcher d'eau (éclusée) du bassin de rétention, lui-même alimenté par un canal dérivant le courant de la Valniérette, avec une prise au seuil (barrage) au niveau du mas de Mourgues. L'eau était rejetée ensuite pour partie dans le valat de Rieusset, et pour partie dans un acqueduc surplombant la Valniérette, afin d'irriguer les champs voisins.

Ce moulin n'est pas unique dans le territoire villageois. Il y avait autrefois plusieurs petits moulins en activité dans la vallée de Valnière :: «moulins bladiers», ou «moulins à châtaignes» - les anciens nous ont cité, outre celui du mas Rieusset, ceux de Ménard, du Gour des Ondes, de la Label, de la Bastide. Au XVIIIè siècle, plusieurs moulins sont mentionnés dans la partie du compoix concernant «la vallée de Valnière paroisse de St Martial», mais du «taillable de la Rouvière». [Collectif 1994*1]

Un peu de technologie...
Le moulin de Rieusset a 3 niveaux, chacun avec son appareillage propre : la turbine à eau, la meule à grains, et la décortiqueuse.
- en bas, la turbine comprend une conduite d'amenée de l'eau du bassin extérieur, une cuve avec un rotor, des pales et un axe moteur central, et une conduite d'évacuation de l'eau. Elle est actionnée à l'horizontale par le flux d'eau frappant les pales sur le côté droit de la cuve; la vitesse du rotor peut varier selon la hauteur des pales, et l'axe vertical du moteur est relié aux 2 machines du dessus
- la meule de pierre, en deux parties, est réservée à la mouture du seigle; elle écrase le grain par frottement, à vitesse lente, d'une meule de granit “courante” tournant horizontalement sur la meule “dormante”
- la décortiqueuse permet de décortiquer les châtaignes, préalablement déboguées et séchées en clède; une auge en bois comporte un ensemble de cloisons mobiles qui, en rotation rapide, frappe violemment les fruits sur un fond et des bords probablement couverts d'aspérités.

Les deux opérations, mouture et décorticage, s'effectuaient probablement séparément, pour des raisons pratiques (saisonnalité du produit, vitesse unique du rotor, lente pour le grain, rapide pour les châtaignes) mais sans doute aussi du fait de la puissance limitée de la turbine.

Mosaïque photos

a) vue générale - entrée de la meunerie - cave sortie des eaux
b) beal et gourgue à sec - renfoncement d'entrée d'eau vers la roue
c) roue hydraulique - trémie et babillard - coffre des meules
d) le tableau "blanc" du meunier - bac à mouture - tambour à châtaignes (pissaïre)

Croquis

le système hydraulique (béal, gourgue)


le bâtiment

[CTR, repris de ML. 09/2011]

[*1. Collectif, 1994. Ici en Cévennes, Notre-Dame de la Rouvière. Ecole de ND de la Rouvière. ECM éd., Alès, 180 p.]