Le pont moutonnier de l'Asclier



le passage est dédié à la transhumance
vue de l'entrée est


Situé au col de l'Asclier sur le territoire de la commune de Notre-Dame de la Rouvière, le pont permet le passage sécurisé des animaux en transhumance au-dessus de la Départementale n°20 allant du col de la Tribale aux Plantiers.

C'est un exemple unique de pont moutonnier en Europe. L'ouvrage fait partie de la grande draille de la Margeride joignant l'Est (Soudorgues, Lassalle et Colognac) à l'Ouest, le col de l'Homme mort puis les premiers versants de l'Aigoual.

Les troupeaux se rejoignent tout au long de la draille, mais c'est à l’Asclier (un peu avant le pont) qu'a lieu «l'atroupelage»: le troupeau d’estive est constitué, les bêtes se sont mélangées, «mesclées», senties, reconnues, les propriétaires les ont remises en toute confiance [...]

Vu du Col, l’événement devient spectaculaire. La descente du Fageas est assez raide et impressionnante [...] Vers 19 heures (quelquefois plus tard quand la journée est chaude) le troupeau apparaît enfin, précédé d’un cheval blanc... tout petit là-haut. Commence alors une longue et lente descente par étapes à travers les broussailles, donnant l’impression de difficulté, un peu comme une goutte de pluie hésitant sur une vitre [...] Lorsque le troupeau, maintenant bien visible et multicolore, entame enfin la dernière partie de la descente, soudain l’attention est attirée par celui de Soudorgues qui débouche de la route en contrebas sous les châtaigniers et surgit rapidement sur la placette dans un tintamarre de sonnailles et de bêlements, les animaux se mélant aux personnes [...]
Alors qu’ils cheminent depuis des jours, l’arrivée des deux troupeaux s’est faite dans un laps de temps de moins de cinq minutes .... Beaucoup de bêtes sont décorées de pompons et toupets, de manière très vive et variée dans les couleurs et les harmonies, selon leur ton de laine. Elles sont chargées des lourdes cloches de transhumance, les «draillaous» («clapes» et «sounols»), supportées par les colliers décorés avec soin en hiver par les propriétaires.
Bêtes et gens se mèlent pour peu de temps [...] Mais très vite les animaux commencent à glisser vers le bas et le troupeau à présent unique s’écoule en files bariolées et sonnantes, de plus en plus pressées en approchant du pont moutonnier, qui est traversé «au pas de charge»...

(extrait : François Labouesse et Monique Gras. Le rassemblement moutonnier du col de l'Asclier à la mi-juin. Causses et Cévennes 1998-3, pp 558-562)

Un peu d'architecture
C'est un pont maçonné, orienté ouest-est, transversal à la route. Il comprend une voûte unique (arc en plein cintre); des bandeaux extradossés en pierres de granit taillées, des tympans en pierres de schiste. Le passage supérieur est remblayé, muni de parapets d'environ un mètre de hauteur, incurvés en entonnoir côté ouest, rallongés côté est par des grillages. Au sol de chaque côté deux passages d'eau d'environ 20x20 sont aménagés dans les tympans. Un important contrefort extérieur est en appui sur le pilier nord-ouest.

Les dimensions
a) façades sud-nord: hauteur 7,70-7,57 m parapet inclus; b) passage intérieur: hauteur 5,90 m; largeur 4,95 m; profondeur 7,35 m; c) passage supérieur: longueur 12,50 m; largeur milieu 5,67 m; ouverture ouest: 5,95m; d) parapet: hauteur 1,00-1,09 m; épaisseur 0,40 m

Plans croquis

(coupe transversale et façade sud)


(plan et coupe de la passerelle)

Illustrations

(l'entrée depuis le sud)


(plus de 7m de haut...)

L'état
Il est surveillé et régulièrement entretenu du fait du passage chaque année en saison des transhumants, à l'aller et au retour, et de la fréquentation régulière de la route (voir de passage obligé depuis St Martial, Peyregrosse et Notre-Dame de la Rouvière vers les Plantiers). Le passage supérieur demanderait sans doute un renforcement des parapets, et leur allongement côté est.

[CTR, 04/2014]