Le pont des fileuses



(le pont, vue amont)


Ce pont médiéval est le plus ancien de tous ceux que l'on peut encore découvrir sur la commune de Notre-Dame de la Rouvière. Les autres ont disparu ou ne sont plus réellement visibles, car rebâtis ou rehaussés dans les années 60-70 à l'occasion de l'ouverture et de l'aménagement des routes départementales actuelles.

À cet endroit d'un premier méandre de l'Auréluc -dite aussi "l'homme mort"- encore encaissée et torrentielle en période pluvieuse, impossible à traverser à gué, le pont assure la continuïté du sentier ancien venant du Mazel et rejoignant le village sur les hauteurs. Haut perché sur la rivière et relativement étroit, ce pont était le passage obligé, très fréquenté, des habitants, des petits troupeaux environnants et des commerçants avec leurs mulets ou des charrettes. Plus récemment au 19ème siècle, lorsque les activités séricicoles se sont développées dans la région et que les filatures tournaient à plein régime, la main d'œuvre féminine des alentours arpentait, très tôt le matin et le soir, les multiples sentiers du territoire. Et en saison, pendant plusieurs semaines, les cocons mis en sacs étaient portés des hameaux et des mas à dos d'homme jusqu'à la filature du Mazel.

La fréquentation du pont
“De nombreuses fileuses [qui quittaient la filature du Mazel après leur travail] devaient emprunter la première section [du sentier] jusqu’au mas de Coiric situé sur un replat où elles se séparaient. Certaines partaient à Ardaillès au nord. D'autres prenaient un raccourci par le pont romain dans le vallon de l'Auréluc pour rejoindre Notre Dame de la Rouvière... Malgré l’usure du temps et les attaques de l’eau lors des fortes crues, ce pont a résisté, signe d’un entretien très régulier” (d'après Jeanjean Antonin, 2013).
“Durant tout le mois de juin et même début juillet, ce sont des tonnes de cocons qui arrivent à la filature Noualhac. D'ailleurs, il n'est pas rare de voir, à cette époque-là, une longue file de charrettes attendre à la queue, sur le pont du Mazel, alin de pouvoir déposer leur précieuse cargaison à la coconière” (Ici en Cévennes, 1994).

Un peu d'architecture

C'est un petit pont très typique, de type romain, un ponceau à une seule arche en plein cintre, bâti essentiellement en pierre du pays, ici du granit. Il ne comportait probablement pas de parapet. Il fait partie (à priori) du domaine public de la commune.

Dimensions approximatives (des mesures sont en cours): hauteur maximale, 9m, portée de la voûte amont/aval, 9-11m; épaisseur des culées (piles) au niveau de l'eau, 3m; longueur du tablier, 10 m, en faible pente vers la sortie nord; largeur utile du tablier au centre, 2m; des blocs de pierre restent alignés sur la passerelle: hauteur 0,2-0,4 m, emprise au sol (de chaque côté), 0,5m. Une photogrammétrie 3D a été effectué par Yves Egels de l’ENSG de Versailles dans la perspective de monter un projet de restauration.


(la voûte, façade amont)

La structure du pont est en place, mais plusieurs points montrent qu'une restauration doit être entreprise d'urgence.:
  • la maçonnerie intérieure de la voûte est fragilisée, des pierres manquent à plusieurs endroits de la surface,
  • le queutage (partie supérieure du bandeau de voûte) a disparu sur une longueur de quelques mètres au centre du pont,
  • une partie du mur de la rive de soutènement nord-est s'effondre avec les intempéries.

[CTR, 03/2014]